Des hauts et des bas naturellement, comme tout être humain, des rires et des pleurs sur mon chemin sinueux

Remariage du grand-père

 Au quarantième jour de la mort de la vieille, Fathma thakissount que dieu ait son âme, on avait organisé un grand rassemblement de vieux hommes et de vieilles femmes du village pour la veillée religieuse.

 A l'intérieur d'une des deux maisons, les taleb récitaient les versets coraniques en intervalle avec un groupe de vieux dévots qui reprenaient les poèmes des anciens sur la vie des prophètes et de leurs disciples, qu'ils chantaient pieusement (tadhakir).

Les présents en grand nombre suivaient dans une des maisons, les talebs, lecteurs du coran autour de l'imam comme animateur principal par sa maîtrise parfaite de la totalité des versets coraniques qu'Il récitait de façon ex cathedra.

 Le groupe de vieux sages et savants, «Lakhouane » animait au plein air une forme de chorale, chants religieux sur la vie des prophètes et de leurs disciples, ils menèrent certains auditeurs jusqu'à l'extase mystique.

En aparté deux vieilles d'un âge très avancé mettaient au point le remariage du grand père. Il fallait le dire, il était lui aussi âgé.

 Ni sa musculature ni ses os ne remplissaient leurs minimums de devoir le rendre autonome, sa santé déclive.

Les deux vieilles agissaient en reconnaissance à dieu et de venir en aide à leur manière au veuf.

 Les propositions faites sous forme de conseil reçurent un acquiescement favorable du vieux. Il laissait tomber des larmes sans retenues. C'était toute son existence qui défilait dans sa tête, tellement concentrée qu'elle tombait en larmes devant les vieilles.

Chose rare pour un homme kabyle de pleurer son destin face à autrui.

– Oui, la fin de vie fait peur.

– Comment terminer sa vie dans la dignité sans tomber dans l'abîme ? disait-il aux femmes venues lui présenter les condoléances.

Il ajoutait

– Je prie dieu de ne plus me soumettre à d'autres épreuves plus pénibles.

Une semaine de conciliabules, les vieux et les vieilles chargées de la mission aboutissaient à un accord de mariage entre Na Djia et le grand père d’Arezki.

 Le jour fixé, trois hommes et une femme amenèrent Na Djia à la maison.

Revoilà Arezki, dans une deuxième recomposition de sa famille, il devait faire face à un autre destin.

    Encore une bourde, Arezki n'avait pas été convié à la préparation et au mariage même si toute la cérémonie s’était limitée à la lecture de la Fatiha. Il était chez sa tante NaNa el Djouher à Alger.

Il n'était pas présent à la mort de sa grand-mère ni à son quarantième jour ni plus tard à la mort de son grand père .

Que pouvait-on déduire de cet ensemble d'événements dont le destin aurai voulut qu'il soit absent ?

 La cause plausible aux yeux d’Arezki était de le mettre à l'écart de ces péripéties affligeantes.

Pour Arezki, se priver de ces êtres les plus chers au monde sans faire le deuil, lui remontera à la conscience durant le reste de son existence

 Le trio renouvelé à un tiers de sa composante, Arezki chercha ses marques pour un nouveau départ dans la continuité. Il repartait la semaine d'après chez sa tante el Djouher à Birkhadem afin de reprendre ses cours dans une école d'enseignement pour adultes préparant son entrée à la formation professionnelle.

 IL mettait ainsi un pied en attendant d'ajouter l'autre dans cette période d'intégration dans la tranche des populations actives.

 Il n'était pas futuriste de son avenir il réfléchissait au jour le jour, il ne se voyait pas chef de famille et il prenait la vie comme elle venait.

 Les causes de cette attitude étaient multiples, la première, notre jeune homme n'avait jamais eu d'entretien ou de conseil d'un plus âgé que lui, la seconde était l’intériorisation hermétique de ses pensées et problèmes personnels son jardin secret était impénétrable.

A la fin de ce stage, Arezki retourna au village pour s'enquérir de la santé de son grand père et de Na Djia sa nouvelle épouse.

 En cours de route il ne regardait plus les paysages et ne comptait plus les virages de cette route sinueuse et en relief dans toute sa distance.

Il s'entretenait dans son imaginaire avec sa grande mère décédée depuis de deux ans, il lui disait qu'elle avait tors de partir très tôt et sans avertir, elle lui répondait que la vie avec sa maladie et  sa misère était à peine supportable et l’abîme en vue est effrayante mais aussi elle n'avait pas choisie de mourir et que c'était dieu qui l'avait rappelé à lui.

 Un virage mal négocié par le chauffeur ramena Arezki dans la réalité,et provoqua  ainsi la rupture avec son imagination.

 Quelques instants après il renoua avec sa défunte grande mère et il lui demanda d'intercéder auprès des anges afin d'aider son mari à mieux vivre les jours qui lui restaient  auprès de Na Djia et qu'elles parèrent aux besoins essentiels de son mari.

 Un arrêt brusque du car pour faire descendre un passager réveilla une énième fois notre jeune homme, il garda son tonus gris en alerte jusqu'à la fin du voyage.

 Arrivée à la maison en cette fin de journée brumeuse d'un hiver clément, Arezki, s'immobilisa un instant devant la porte principale de la demeure et donna du toc sur la porte en bois très épais.

La main sur le front, son visage crispé, il dirigea ses yeux vers le ciel à la recherche de quelque chose qu'il n'arrivait pas à cerner.

Une inspiration profonde insuffla un monologue qui demanda l’aide de dieu dont on lui avait toujours dit qu’il se trouverait au septième ciel. C'était aussi sa façon à lui de préparer sa venue.

Pendant ce temps de répit face à dieu son créateur, il entendit les voix de femmes et les pleurs d'un nourrisson de sa voix aigu porter l’écho au-delà des cimes célestes.

Arezki intrigué mais pas étonné n'avait pas eu le temps d'apprécier ce bruissement que les froufrous de robes en sapin se firent entendre derrière la porte, le grincement de la targette annonçait son ouverture.

Arezki n'était pas surpris de la naissance d'un chérubin dans le foyer de son grand père il en était même heureux de cette nouvelle présence, elle fera au moins le bonheur de Na Djia.

 Arezki, regrettait seulement de n'avoir pas été ravissement accueilli .

Il se disait que c'était peut-être le fait de ne pas accoucher d'un garçon, la descendance préférée des parents.

Seule Na Djia lui lança un bienvenu suivi d'un sourire à partir de son lit, elle était très affaiblie par un accouchement pratiqué par une matrone du village.

Arezki, s’était installé dans la deuxième maison en terre qui avait comme seul équipement, un lit fait d'un vieux tissu empaillé avec du foin et des chiffons et d'une couverture en laine en fin de vie, elle était tissé par Na Djia du temps ou elle était chez ses parents et qu'elle l'avait offerte à sa mère.

Na Djia était une tisseuse de laine expérimentée, elle s'était spécialisée surtout dans la réalisation des burnous que les hommes de son temps appréciés à leurs justes valeurs.

 Pour subvenir aux besoins essentiels de la famille agrandie, Arezki trouva un travail dans une association caritative venue soulager la population dès les premiers jours de l’indépendance.

Il aida sa parentèle de mieux qu’il avait pu en cette période de disette.