Des hauts et des bas naturellement, comme tout être humain, des rires et des pleurs sur mon chemin sinueux

 

               Le retour du grand père.

                         Après un long séjour en France

                       La grand-mère d’Arezki était une femme imposante, très respectée par les gens du village. Elle n'avait pas d'attirance sur les biens des autres ; elle se contentait de ce quelle possédait à la maison, et ne demandait jamais rien aux voisins de peur d'être considérée dans le besoin, ce qui réduirait son aura bâti sur de longues années de sacrifices et de privations.

La grand-mère vivait seule, plutôt avec Arezki comme compagnon unique, son mari travaillait en France dans une usine de sucre (Saint Louis).

Sa vie singulière était accaparée par le jardinage, la prière et les petits actes quotidiens prodigués à son petit-fils.

L'innocence d’Arezki évoluait dans ce monde incompréhensible, misérable et féroce, comme protecteur il n'avait que la tigresse grande mère toujours sur le qui vive de l'aube à la tombée de la nuit.

Les jours et les nuits passaient normalement pour Arezki, mais sa mémé souffrait de l'absence de son mari qui n'avait pas beaucoup de regard sur sa conjointe.

Les lettres reçues périodiquement tous les mois commençaient à parvenir de plus en plus rare au domicile conjugal, cette situation d’attente l’angoissait.

 L'éloignement de notre homme avait fait de lui un amnésique puisqu'il était parti pour travailler et envoyer de l'argent régulièrement.

Le pays d'accueil n'était guère réceptif aux nouveaux arrivants, d'abord par la langue (analphabète) ensuite le mode vie enfin c'était un dépaysement total.

Cette population d'émigrés se partageait en deux catégories : Les travailleurs émigrés qui se privaient de tout , à part les patates dans l'eau comme repas, matin et soir, les plus chanceux qui avaient la cantine à midi dans leurs lieus de travail.

 Les autres étaient déstabilisés par le moindre sourire, la première vitrine, un film au cinéma…

 La déviation gravissime de cette partie des émigrés venait du cheval ou plutôt de son utilisation.

Je ne parlerai pas du cheval ami de l'homme ni de celui qui est à son service pour le labour ou autres travaux domestiques, encore moins du cheval sportif. 

Le cheval incriminé,était celui instrumentalisé par la société des courses qui avait entraîné nos émigrés dans des paris faillites.

Des années passèrent sans que le grand-père ne fasse signe de sa disponibilité à répondre aux attentes de sa femme par l'envoi, de quoi subsister ou le retour aux pays pour labourer ses parcelles de terre laissées en friche pendant des années.

Provenant d'un partage avec ses frères, les parcelles ne pouvaient subvenir à leurs besoins vitaux tels l'orge, le sel et l'huile ajouter aux autres obligations comme les cadeaux : les aides pendant les mariages des proches et des voisins.

Les échos venant d'outre méditerranée indiquaient un espoir de retour, les va et vient des émigrés colportèrent des rumeurs qui devenaient souvent réalités.

La grand-mère ne faisait jamais part aux autres de ses manques, elle subissait et résistait à tous les aléas de la vie qu'elle prenait du bon côté, elle ne se confiait qu'à un petit cercle d'amies restreint pour éviter des échos qui feraient d'elle un sujet de bavardage à la fontaine.

Les rumeurs de l'arrivée de son mari ne cessèrent de s'amplifier, elle mettait la bonne femme dans tous ses états de concentration permanente sur le nettoyage des alentours de la demeure, elle remettait chaque pierre à sa place initiale.

Sa façon de faire ce travail est très personnalisée, elle ouvrait la porte de sa maison qui faisait face à l'autre, regarde à droite puis à gauche ouvrait la deuxième porte de la cour donnant sur l'extérieur, renouvelait ses regards et commençait la besogne.

Quotidiennement à l'aube, juste après la prière elle préparait ses corvées matinales puis s'installait sur le pas-de-porte des heures et des heures pendant des jours à attendre furtivement une éventuelle arrivée, d'un être cher, son mari absent et sans nouvelles depuis longtemps.

Le nettoyage se faisait par un balai de brousse confectionné de ses propres mains pendant le ramassage de bois de chauffage pour l'hiver.

Le jour  J  ne tarda pas à débarquer avec notre émigré, les préparatifs s'étaient déroulés comme prévu à la satisfaction de tous, c'est le recommencement d'une autre existence pour le couple grands-parents.

Cet événement était une occasion pour les voisins et proches parents de venir s'enquérir de la bonne santé de l’arrivant. Ils venaient avec des offrandes, les oeufs, le mélange, blé, orge, de l’huile, chacun y rapportait selon ses possibilités.

 Des bienvenus fusaient de toute part mélangés à des éclats de rire exprimant ainsi les retrouvailles heureuses de la famille élargie.

Ce grand manège était le résultat du premier grand youyou lancé par la voisine initiée avec minutie de l arrivée d'Arezki Nath Ali, absent du pays depuis plusieurs baux.

Après l'effervescence des premiers instants l'heure était à la sérénité faisant face à l'assistance, assis sur un pouf artisanal bourré de paille et de vieux chiffons, le grand-père était devenu une source d'information très appréciée.

Il aborda les situations des autres restés, éloignés de leurs familles,( la mer Méditerranée en travers). Elles ne pouvaient échapper aux préoccupations des visiteurs et des visiteuses, ils en parlèrent très longuement avec lui.

Tous les présents étaient suspendus au son qu'il émettra pour formuler une expression et à chacun de faire sa propre lecture.

Dans beaucoup de cas les paroles étaient dites à travers des insinuations qui prenaient le dessus à fin d’éviter un amalgame ou bien frustrer un parent dont l’émigré était dévoyé. Grand-père avait pris toutes ses précautions de façon à ne pas créer un précèdent pouvant nuire aux bonnes relations des uns et des autres.

Tout le temps qu'avait duré l’événement, Arezki était assis par terre à la droite du maître de la cérémonie, les caresses de l’homme providentiel le réveillé quand il commençait à somnoler.

Les vas et viens et les palabres durèrent jusqu à l'heure de la dernière prière de la journée pour laisser place à Arezki sa grand-mère et son grand-père de savourer le plaisir de se retrouver.

Arezki appréciait cette nouvelle vie à trois il ne s'en cachait pas, il extériorisait manifestement sa joie auprès de ses camarades qui ne manquèrent pas de la partager. Il s’absentait de moins en moins de la maison, ses centres d’intérêts changeaient progressivement, inspirait par d’autres motivations plus attrayantes pour son âge.

 La présence de pépé était aussi un des facteurs non négligeables de son épanouissement. Une semaine avait fini par rendre la vie routinière à notre émigré et le mettre en face de la dure réalité quotidienne.

La maigre pension qu'il touchait ne pouvait subvenir aux besoins ess entiels du trio. Le vieux, après un temps de réflexion et d'évaluation de la situation familiale, avait décidé de se faire embaucher à boumssoussi, l'appellation française : des ponts et chaussées.

Un nouveau train de vie s'imposait à lui, tous les matins sauf le dimanche. Réveil très matinal, notre bonhomme prenait sa gamelle qu'il avait ramenée de France rempli du déjeuné de midi que lui avait préparée avec soin sa femme et se mettait en route vers son lieu de travail.

Il réapparaissait le soir épuisé par une dure journée de besogne sans souffler mot, par considération à femme et à son petit-fils de la pénibilité endurée.

        L'exploitation des travailleurs par des contres maîtres colons et de leurs supplétifs indigènes n'avait pas d'exemples de nos jours.

               L'horaire journalier était du levé au couché du soleil, mais si le travail devait être terminé une augmentation du volume horaire est certaine pour une supplémentaire non rétribué de trois à quatre jours par semaine.

 

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