Des hauts et des bas naturellement, comme tout être humain, des rires et des pleurs sur mon chemin sinueux

 

      

                 Le premier souk d’Arezki 

         Le jeune Arezki attendait impatiemment ce samedi matin, jour de marché  hebdomadaire de la contrée du douar nath Ghobri, une date mémorial de son  histoire personnelle.

Son grand père avait considéré et arrêté cet événement de longue date, un événement qui fera gravir à l'enfant un degré d'émancipation tant souhaité.

C'était à l'aube de ce mois de février, très glacial que l'enfant et son grand père vêtaient de leurs meilleurs habits, se préparaient à aller au marché hebdomadaire du samedi.

Ils dandinaient tout au long d'un chemin serpenté en déclivité par endroits en escalade dans d'autres,arbres et arbustes de chaque côté de route, l’ensemble donne l’image d’un mouvement ondulatoire .

Une marche au rythme de la tortue aux yeux de l'enfant tellement pressait d'accomplir le baptême du souk, rite nécessaire à l’accomplissement de sa personne au vue de la société.

 La route menant au marché était bondée de monde bigarré ou tout le monde se côtoie sans s’apercevoir.

 Dans cette procession hétéroclite très pressée on distinguait les vas nus pieds encrassés, la peau collée aux os et traînant derrière eux leurs misères de damnés.

 La deuxième catégorie légèrement touchée par le dénuement, proprement vêtue de gandouras rapiécées, chaussée de sandales en caoutchouc semblait se tenir droite, une musculature couvrait timidement les reliefs cartilagineux, une classe moyenne des temps modernes.

 La troisième catégorie de personnes au trot sur leurs ânes était classée, mieux nantis que les précédentes, ils avaient suffisamment d'orge et d'huile pour subsister une saison, posséder un âne était un capital appréciable en ces temps de disette ; disant qu'ils étaient en dehors de la mal nutrition pour ceux qui avaient échappé à leur complexe d’avanie de la colonisation.

 Les gens les plus enviables biens installés sur les montures de leurs chevaux galopaient en zigzag et par petit groupe, à leurs passages ils faisaient fuir tous les piétons et les âniers sur les côtés de la route, devenue étroite.

 Cette couche de la société très peu nombreuse était liée à la sphère dirigeante, elle constituait le relaie indigène de l’administrateur dans toutes ses structures.

 ils prendraient certainement les meilleures places aux souks et profiteraient des premières offres, ils se retrouveront ensuite en cercle notables pour cerner la façon de récupérer plus d’impôts et repérer les non inscrits  à l’état civil pour échapper à la conscription.

À leur arrivée au lieu dit sikh (éboulement), entrée Nord de la ville, les portes de la ville s'ouvraient allégrement à nos deux compères, prête à leur faire goûter les plaisirs de ses moindres méandres.

 Les bras ouverts aux visiteurs, elle  faisait d'abord entendre les murmures des eaux coulantes, incitant le passager à étancher sa soif si l'envie lui en disait de ses quatre fontaines réparties de façon modulaire dans la ville des Iaazougens

. Le coeur de la ville était aussi ouvert aux arrivants pour déguster les légendaires frites de ammi Akli dont les odeurs attiraient de loin tous les présents des quartiers  environnants empruntant le chemin du souk par sa partie Est point de passage obligé pour se rendre au centre ville..

 Le plaisir des yeux pour cette ville fascinante avec ses habitants accueillants et hospitaliers qu'on ne peut découvrir à première vue. .

Sa géométrie urbaine répondait à un cadastre bien réfléchi dans un relief monticole, plat au milieu, légèrement en déclivité à l'Est, traversait par un cours d'eau au nord dans le sens Est Ouest de cette partie est escarpée.

On ne pouvait percevoir toutes ses facettes qu'on se positionnant sur plusieurs angles visuels. Ce n'était qu'a ce niveau que l'on pourrait se faire accueillir par le fond de ses entrailles.

Le grand père et l'enfant sentaient déjà les odeurs des platanes, des mûriers longeant les allées de la ville mélangés à des fumées dégagées par les encens (bkhors) brûlés, portés de boutique en boutique et de maison en maison par des thuriféraires.

 Arezki venait de mettre les pieds en pleine ville qui était pour lui un symbole de civilisation et de richesse comparé à la demeure de ses grands parents et ses environs faite de mottes de terre et l’eau ne coulait jamais mais puisait des entrailles de la terre au prix de la sueur.

 La première réaction d’Arezki était d'attirer l'attention de son tuteur, on se mettant devant lui, il lui rappela ses commentaires à chaque retour du marché concernant : les manèges, les dresseurs de serpent, les magiciens créateurs de pigeons et qui transformaient aussi le papier ordinaire en monnaies fiduciaires.

 Le grand père s'arrêta un instant, fixa dans le fond des yeux son chérubin, lui caressa sa tête et lui lança fougueusement

–Notre priorité est de déposer mon bidon chez Mehand le vendeur de pétrole pour le remplir.

–Sais-tu que notre quinquet ne s'allumait jamais sans ce produit miracle ?

–Ensuite nous devrions s'approvisionner en sel, acheter de la viande que nous n'avions pas mangée depuis l'Achoura.

–Je dois aussi me rendre au marché des animaux pour s'enquérir du prix des moutons.

Hé oui ! Ajouta-t-il.

– Il faut penser dès maintenant avant qu'ils ne flambent.

– Après seulement nous penserons à ton magicien c'est promis.

 Une explication qui avait duré assez de temps pour faire retomber cette envie de l'enfant de prioriser ses choix, il céda le passage au vieux sans omettre de lui rappeler que cette promesse lui avait été donnée l'année dernière.

Les deux compagnons se dirigèrent directement chez Mehand, ils avaient été reçus très amicalement avec les embrassades habituelles qu’Arezki avait suivi d'une attention particulière, ils se connaissaient de longue date.

 Le vieux, déposa son bidon, paya le prix et reprenait le chemin du marché à bestiaux.

 Il balaya de ses yeux tous les côtés achalandés de marchandises de toutes sortes allant des aiguilles à coudre aux pièges aux oiseaux qu’Arezki ne manqua de le faire remarquer à son grand père.

Quelques mètres plus loin un étalage d' un ensemble de produit de première nécessité, plus loin une table sur laquelle la majorité des outils agricoles étaient présentés à la vue des acheteurs éventuels : une série de pioches,

une autre de faux, des fourches, tous ces outils étaient fabriqués par les forgerons des villages environnants.

 Arezki s'accrochait au pantalon de son grand père quand il lui donnait pas la main, un pantalon de coupe très large au niveau du bassin ressemblait de loin à une jupe plissée de notre temps.

Il épiait tous les gestes et regards du vieux et n'omettait pas de poser des questions récurrentes sur tous ce qu'il voyait.

Dans cette tournée à l'intérieur du souk, la table des ingrédients était un passage obligé et  nécessaires à la bonne recette de cuisine : le cumin, la cannelle, le poivre rouge et beaucoup d’autres produits inconnus d’Arezki, étaient exposées et leurs odeurs taquinées de loin les narines des passants, mais surtout, pour donner goût et consistance au menu quotidien.

Le temps de voir un magicien faire son numéro d'un pigeon sorti de son manteau, le pépé tourna ses talons.

 Arezki n'avait pas apprécié l'empressement de son grand père à aller vers le marché aux bestiaux, il vivait avec eux tous les jours et toute l’année pour ne dire qu il terminera sa vie les bêtes. Il se tiraient chacun de son côté selon leur  centre d'intérêt, Arezki finissait par céder comme d'habitude à toute contrariété de son vieux.

t-size: 12pt; font-family: Arial,sans-serif;"> En réalité il n'avait pas de projet d'achat, mais un chef de famille à la maison où avec les autres hommes à la djemâa  devait s'imprégner de l'évolution socioéconomique de la contrée.

Les prix et les qualités des biens ne finissaient pas d'être discutés entre les villageois à la place du village, une sorte de bourse, ils arrivaient même à se vendre ou s’échanger des biens suite aux discussions. « L'importance de l'homme se mesure à la somme des connaissances acquises et aux gains rapportés par ses transactions ».Continuant sa visite de place en place, il palpa quelques moutons, une brebis s'informa du prix donné par les derniers acheteurs potentiels et quitta les propriétaires d’un salut amical.

 Ainsi s'acheva ce long et pénible périple pour nos compères.

Le chemin du retour était ardu, la pente abrupte qu'ils montaient leur coupait le souffle par intermittence et les obligea à faire des pauses.

 Arrivée au point culminant à l'extrémité du souk, ils profitèrent d'un panoramique visuel sublime, très coloré et mouvementé, ils oyaient une symphonie où tous les sons s'étaient donné le choix d'accompagner et d'égayer le vieux et l'enfant.

 La montée jusqu’au sommet donnant sur une surface, était dominée par le beuglement des vaches, le braiment des ânes et plus fort que le mégaphone de l'herboriste du coin, un guérisseur qui vantait une herbe magique contre toutes les maladies des viscères de l'abdomen et plus...

 Cette cacophonie propre à tous les souks hebdomadaires, ses couleurs ses odeurs restaient d'une façon indélébile dans la mémoire d’Arezki.

 Le vieil homme habitué, avait fait de cette énième visite au marché, réactualisa une référence supplémentaire dans les discussions à la djemaa du village.

 Il s'efforça de retenir l'essentiel pour en parler à sa femme aussi, des prix des produits des épices et certains tissus dont il aura voulu faire un cadeau, surprise, mais le porte-monnaie n'avait pas répondu favorablement à ses souhaits par manque de liquidité.

 La relaxe dura le temps de savourer toute une journée pleine de nouveauté, ainsi le cerveau d’Arezki passait et repasser les scènes fraîchement introduites dans son espace céphalique.

Le retour vers la demeure familiale était d'une monotonie harassante pour les deux générations, les regards répétés à droite et à gauche de la route comblaient en quelques sortes ce marasme pesant sur le jeune homme qui n'était pas accoutumé à une longue marche silencieuse.

 La grand-mère d’ Arezki, ce samedi, avait passé toute la journée à préparer le bois qui devait servir au chauffage et faire cuire le dîner.

 L'attente avait été longue, elle pensait que l'arrivée tardive de son mari avait été retardé par Arezki, le temps peut être se disait-elle que l'enfant voit toutes les distractions présentées par les forains, promises par le vieux.

En attendant devant le pas de porte, elle épiait les issues donnants sur sa demeure, elle tendit ses oreilles en quête d'un bruissement des pas ou d'un toussotement de ses adorés dont elle connaissait les moindres indices.

Subitement elle s'était ressaisie, se leva et courra vers le lieu ou elle cachait la bourse du couple, fouilla le trou le plus haut du mur et resta figé un bon moment.

 Un trait de nervosité parcourra son visage, ses rides se montraient de plus en plus raides, un nerf sur le front donnait l'alarme d'une suite orageuse.

La vieille oublia l'argent qu'elle devait remettre à son mari pour l'achat d'une tête de veau qu'on s'offrait à chaque premier souk d'un héritier dans la famille.

C'était la cause de l'attitude fougueuse du grand père quand il s'était rendu compte de l'oubli de la bourse à la maison.

 Le soir venu le trio autour de l'âtre (canoun) s'imposait un silence, les deux vieux se lancèrent des oeillades agaçantes et finirent par se jeter la responsabilité.

Arezki fatigué mais très intrigué par ce comportement ferma les yeux et dormit sur les genoux de sa grand-mère.

 Les vieux avaient décidé de mettre fin à cette

confrontation souterraine et de reporter

la fête de  la tête de veau au samedi à venir. -

                          

 

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