Des hauts et des bas naturellement, comme tout être humain, des rires et des pleurs sur mon chemin sinueux

                                    

                                    L'engagement

 

       Arezki avait essentiellement cinq  bons amis. Deux se distinguaient par un grand nombre d'idées convergentes notamment les notions de richesse, de pauvreté, de l'organisation sociale, économique et culturelle d'un village d'une commune.

         Arezki et ses amis avaient fréquenté la même école indigène ; ils partageaient les mêmes jeux avec tous leurs camarades, parfois, d'autres jeunes moins âgés se joignirent à eux.

         Un noyau de trois personnes  s'était formé progressivement et avait comme base d'activité les  jeux, les randonnées  et quelquefois de longues discussions sur les sujets de l'heure.

          La périodicité des rencontres  et l'importance de ce groupe emmenèrent les animateurs composés principalement de  Arezki, Tahar et Mohand Arezki à élargir leur champ d'action dans le domaine politique.

         Arezki  homme de certitude ne ménage aucun effort pour faire passer ses idées. Il  ne lésine pas sur les moyens à mettre en œuvre pour atteindre un objectif fixé. Les arguments utilisés étaient souvent, pesants et convaincants. Il était pragmatique dans ses options ; ses propositions constructives et novatrices faisaient fréquemment l'unanimité.

Réussir ses projets pédagogiques ou politiques était pour lui une prépondérance majeure bien avant ses propres intérêts personnels.

         Tahar, orphelin de père vivant avec ses deux frères était un homme de principe, d'un tempérament posé, audacieux quand la justesse de l'action était avérée : il était l'homme au bon cœur, généreux. Il ne refusait jamais une demande d'aide venant de ses camarades et prêtait toujours main forte à toute personne nécessiteuse ; d'une sérénité exemplaire, il était aussi un homme d'action.

         Mohand Arezki était le seul du  trio à vivre dans une famille complète.

Avec son père, sa mère, ses frères et sœurs il vivait en pleine harmonie.

Cette stabilité familiale lui donna plus d'assurance et de sérénité.

 Son engagement dans des actions concertées était sans faille, ennemi acharné de l'injustice, il contribuait corps et âme à toutes les batailles d émancipations politiques de la génération.

         Un ancien racontait qu'une fois un villageois enveloppé dans son vieux burnous enfumé, pauvre et mal vêtu, il  avait pris la parole pour s'exprimer sur un sujet épineux. Il avait suggéré  une solution à la mesure du problème, et là, un notable lui rétorqua que ces paroles étaient porteuses d'espoir pour résoudre ce problème mais qu'elles devraient être dites par une autre personne imposante.

         Un certain nombre de points relevés quotidiennement par le trio et leurs camarades révélèrent l'existence d'une OPA, sur la vie du village par un groupe se comptant sur les doigts d'une main. Toute activité minime soit-elle devrait avoir leur cautionnement.

         Ils constituaient un bouchon empêchant toutes émergences de nouvelles personnes, capables de se prendre en charge et venant d'autres couches sociales que la leur, même leurs propres  enfants comptaient parmi les victimes de l’OPA.

         Le trio de choc devrait mener un travail en profondeur auprès de la jeunesse engager ensemble des  actions d'envergures, en vue de remettre sur selle le vieux principe de Nelson Mandela « un homme une voix », dissoudre le règlement intérieur du village, décrété de manière à ne servir que les intérêts des nantis et des notables et élaborer des lois dignes de ce nom, des lois basées sur l'impartialité, la justice sociale, l'égalité entre les habitants. 

        Les critères ne seront plus ceux qui ont hissé les vaniteux et les malhonnêtes au rang de notables. La sagesse et l'instruction l'emporteront sur l'argent et la famille nombreuse signe de puissance.

           Seule la raison triomphera.

         Le triumvirat, en petit format, décida de casser tous les tabous et se présenter en hommes émancipés aux futures élections.

Ils devaient faire face à plusieurs batailles : d'abord préparer une équipe ensuite s’inscrire sur la liste des postulants à la candidature , la faire accepter par le bureau local du parti. Une consultation des CV par plusieurs structures du parti et de l'état était immédiatement engagée, suivie d'une enquête sur chaque membre présenté.

           Le passé révolutionnaire et la moralité de chacun étaient passés minutieusement en revue, un classement par ordre de mérite selon les critères imposés par les instances, triturés par le chef local était établi.

         Un  travail de coulisse qui n'en finissait pas, obligea le trio à squatter une des chambres de la famille de Mohand Arezki pour y passer les nuits.

         Les animateurs  bataillaient infatigablement des jours et des  nuits sans interruption pour faire admettre la légitimité, l'intégrité et la compétence de leurs représentants aux autorités et aux citoyens appelés à leur donner leurs voix le jour du vote.

         Dans une grande salle communale, qui servait à toutes les cérémonies officielles, les organisateurs s'affairaient à mettre en place les dernières retouches pour recevoir avec distinction une délégation chargée du suivi de ces élections et de superviser le bon déroulement des débats.

          Pleine à craquer, elle contenait difficilement l'ensemble des participants.

         La clôture de validation des listes était annoncée par le chef local du parti accompagné par les membres de l'exécutif.

         Bien enfoncés dans des  chaises en cuir ramenées pour la circonstance, ils discouraient à tour de rôle jusqu'à rendre l'assistance amnésique et somnolente. Par une phraséologie réchauffée, habillée par une gesticulation empruntée à leur chef, ils ajoutaient une fausse exaltation pour les ramener dans leur sillage.

          Les membres de l'assemblée ne cessaient d'acquiescer à chaque mot ou phrase, articulés avec insistance par les orateurs comme si c'était pour dire

« je jure que c'est vrai ».  

         Par réflexe inné, ils tiquaient à chaque fois que des mots du genre : «  soyez juste et équitable avec les citoyens, penser à l'intérêt général surtout à l'Algérie ».

         La réaction des élus en fin de mandat, les rassurés d'être reconduits  étaient aux aguets d'un début d'applaudissement quand ils n'étaient pas les instigateurs zélés. 

          Les élus de ce mandat étaient très soumis à la personne du chef local.

         Les orateurs s'étaient étalés sur les méthodes utilisées pour arriver à un choix de qualité des candidats retenus.

         L'éloge appuyé sur la future composante de l'assemblée par le chef local présageait au contraire  un choix sectaire dû principalement, au tribalisme développé à grande échelle par le système à tous les niveaux pour se maintenir.

         Le manque de consultation avec les  différentes structures des organisations dites de masse ; appendices du parti et les méthodes sectaires de désignations ne donnaient aucune chance à l'élite savante d'émerger.

         La démagogie régnait en maître dans tous les discours des responsables dans ce genre de circonstance. Une liste lue avec circonspection se termina par un très long applaudissement de l'assistance, debout en position de salut aux chefs.

         L'équipe du trio était mal représentée en nombre et qualité, un classement à l'image de l'estime portée par le chef local au groupe revendicateur.

 Le début de campagne s'annonça ardu pour nos amis, ils ne leur restaient qu'à retrousser les manches et être prêt à affronter le monstre,  dans ses multitudes facettes.