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La visite
Quand la grand-mère se décuplait pendant des semaines, c'est qu'elle devait répondre à une des coutumes imposées, les liens des familles par le mariage. La plus importante et onéreuse c'était la prise en charge de l’apport en vêtement, produits alimentaires et autres offrandes à sa fille et à sa belle famille pendant les naissances. Les fêtes de l'Aïd (la grande et petite) l'Achoura, yennayer, les autres fêtes et les maladies rappelaient à chaque fois à la vieille l’utilité de mettre des biens en nature et en liquide de côté pour ce genre d’obligations, périodiques, imprévues et coûteuses. La préparation de la visite à l'occasion d’une naissance demande au moins six à sept mois, allant du jour l’informant d’une parturition au septième jour de la naissance de son premier enfant dans sa nouvelle famille. Un enfant apportait d'abord le degré d'assurance de la pérennité du mariage, il crée une soudure du couple.et renforce l’intégration de la belle fille à l’ensemble de la structure familiale. Dans la tête lourde de pensées de la mémé,la rumeur d’un nouveau né male dans le foyer de sa fille la torturait jusqu'à la véracité de l’événement heureux. Le garçon de ce deuxième lit constituait un ciment entre elle et son mari beaucoup mieux que si ça aura été une fille, l'égalité des sexes était un tabou. La mémé pour mieux se positionner socialement faisait des pieds et des mains afin de réunir un maximum de victuailles ; des vêtements, trois trousseaux, pour sa fille, sa belle-mère et l'autre pour le bébé.
Elle se posait toujours la même question : – est-ce que c'est suffisant ? Comment elle va être perçue à son arrivée ? Le tracas le plus pesant était évidemment la santé de sa fille unique bien aimée et du bébé. La visite était entourée d'un secret mystérieux, à la maison, on ne se parle plus à haute voix pour ne pas d'être entendu par les voisins, la charge ânière était soumise à l'omerta personne ne savait ni la date ni composition encore moins la valeur, elle seule se débattait dans ses problèmes. La curiosité d’Arezki ne cessait de grandir jusqu'au jour où sa grande mère lui souffla à l'oreille - Écoute fiston une chose importante se déroulera dans les prochains jours dans notre foyer, alors, il ne faudrait plus répondre aux questions des voisines sur tous les sujets, les curieuses voudront savoir ce que nous faisons et comment nous préparons la visite à ta mère, on doit faire attention aux sortilèges qui risquent de lui faire du mal . La curiosité était satisfaite, mais ne comprenait toujours pas les moyens mis en oeuvres, trop important à ses yeux. Ainsi s'achevaient les préparatifs de la visite en attendant le jour " j ". L'aube arrivait tardivement après cette nuit longue et cauchemardesque, la vieille encore plus ridée se levait péniblement et recommençait le manège de la veille. Elle ne cessait de faire et de défaire les foulards et les bouts de tissu qu'elle nouait et renouait pour revoir et mieux envelopper les produits. Elle réexaminait les ballots les uns après les autres. Sa main tremblante passait sur tous les reliefs entrecoupés par des temps de réflexions scrutateurs du plafond en osier comme pour faire appel à l’aide des fées bienfaisantes, elle passait aussi la main sur le front et ramassait par ce geste, le peu de cheveux qui lui restaient. Elle lançait des grands ouf signifiants des moments angoissés. Elle repassa tous les détails dans sa tête, la provenance et la contenance lourde de pensées accumulé au jour le jour depuis la nouvelle, elle se lamentait de la maigre valeur contenue dans les sacs, elle se lançait des grands ouf ! signifiant des moments angoissés. L'aube arrivait tardivement ce matin-là, la vieille plus ridée qu'avant se levait péniblement et entièrement démontée, elle recommençait le manège de la veille avec d’avantage de rigueur dans ses jugements. La voisine, en ce moment-là met la barda à l'âne qu’ elle prêta pour une journée à la virago pour l’occasion, un âne qui ne se laissa pas faire en lançant de grands braiements qui ont pu remettre la vieille dans ses états normaux de départ, la voisine frappait à la porte par politesse, abandonnait l'animal sans entrer et repartait. Le chargement commençait par le placement des ballots sur les deux cotés du chouari (deux sacs cousus et reliés entre eux pour les mettre sur le dos de l'âne) de façon méthodique pour faire apparaître la charge consistante, elle savait qu’elle serait observée minutieusement en traversant le village et qu’ils parleraient et serait sujette à des commérages à thala. Un dernier coup d'œil vigilant du chargement, des lieux et de l'enfant pour décider s'il faut le mettre ou non sur le dos de leur transporteur, la décision est prise, il marchera jusqu'à mi-chemin de son gendre. Le chargement terminé la vieille, le petit et l'âne se mettaient en route. La grande mère et son petit-fils sortaient silencieusement au rythme des sabots de l'onagre jusqu'à la sortie du village, marqué par les cris de la bête au grand dam de l’âgée comme pour annoncer à tout le village que la vieille va rendre visite à sa fille qui avait donné naissance à un garçon. Deux heures de marche, de murmures inaudibles, d’envoi de phonèmes, la grand-mère voyait défiler dans sa tête plusieurs scénarios d'accueils puis imaginait la situation de sa fille et de son bébé. Quelques mètres plus loin le hameau est là, à quelques enjambées. Un frisson envahissait son corps dans toutes ses parties, l’échecs précédant du foyer brisé ,lui revenait subitement à l’esprit. Le hameau ne cessait de se rapprocher, perturbant toute réflexion sereine et d’une rapidité qui ne lui laissait pas le temps d'envisager sérieusement,un dialogue convivial et serein à l’arrivée. Les voilà sur le seuil de la grande porte du gendre et de sa suite à l’exception de la génitrice alitée. Les bous bous (embrassades) et les comment allez-vous ? etc. Ces artifices protocolaires avaient déstabilisé la vieille au point d'oublier un instant l'objectif du déplacement, elle se ressaisit puis se fraya un passage sans escale qui la mena au pied du lit de sa fille et du douh du nouveau-né,une balançoire en liège, Arezki, délaissé l'instant de ce charivari s'accrochait solidement au jupon de sa protégé. La vieille scrute discrètement les alentours du lit pour déceler éventuellement les vêtements sales, signe d'abondant de sa fille à elle-même, elle jetait un regard furtif aux assiettes dans l'espoir d'être renseignée sur les aliments consommés, elle voulait lui demander de lui faire part subtilement et discrètement de la manière dont elle avait été prise en charge mais. La maison était truffées d’endroits d’écoute pointues squatté par des rombières et des stryges. Les coutumes permettaient une entrevue brève et sans témoins de quelques instants entre la mère et la fille, le temps relevait de l’appréciation de la matriarche. La matriarche apparaissait pour dire sans ambages que la mère et son enfant se portent bien et qu’elle met tout son poids pour leur être aux petits soins. L’intrusion mettait fin à toute une série de jugements, de contre jugements, des confidences entrecoupées de chuchotements des petits secrets échangés dans la cavité de l’oreille, notamment sur les attitudes et les comportements au sein de son entourage. Le cérémonial de départ enclenchait par sa touche expressive à l’épaule, sortant la grand-mère d’Arezki d’une léthargie symbiotique avec sa fille, le sentiment d’une fin prématurée,terminait par ce fait la visite. Le retour s'annonçait triste, seul l'âne est soulagé de son fardeau, car la matriarche n’ avait pas rendu la politesse des victuailles, seulement une dizaine de beignets ornaient le chouari.
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