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La mauvaise nouvelle
Arezki chez son oncle
Arezki habitait dans la maison de son oncle située en plein centre d'Alger, les rues grouillées de monde jour et nuit et contrariait les acquisitions des couches et lèves tôt dont il ne voulait se séparer. À l’intérieur de la famille il peinait à trouver ses marques parmi ses cousins et leur mère, des dîners très allongés au veillées tardives tous ses repères étaient caduques, arriérés selon les insinuations de la famille d’accueil. Il se comportait comme un intrus et cherchait continûment à se dérober des regards directs des membres de cette nouvelle famille qu’il considérait comme des inquisiteurs, prêt à relever la moindre faute de comportement et langage, ma mauvaise prononciation des mots de l’arabe algérois prêtait à un regard discret suivis d’ un sourire narquois à chaque fois que les lèvres épaisses et en relief se mettaient à bouger pour une expression qu’elle onques. Il cherchait toujours un coin discret pour mieux observer les comportements et les habitudes des uns et des autres afin d’adopter une conduite convenant à sa nouvelle famille. Notre jeune homme ne rentrait que la nuit pour dormir ou pendant les repas quand il ne les négligeait pas. Il n'était pas aussi à l'aise à l'extérieur, l'arabe parlé d'Alger constituait pour lui un handicap à la limite du supportable, il était considéré comme un diminué par son parlé montagnard de grande Kabylie. Tous les ingrédients sont là pour empêcher toutes bonnes relations comme celles qui sont usitées de son village avec les gens, seul son oncle mettait du sien pour tenter de l'intégrer à ce mode de vie citadin. L'oncle lui donnait souvent de l'argent pour aller au cinéma ou pour s'acheter des friandises, il le pensait du moins. Un jour, il voulait lui en redonner, mais Arezki refusa comme habitude, l'oncle le pressa pour s'avoir si réellement il ne lui mentait pas et qu'il était argenté. Arezki, avec fierté montra la totalité de l'argent accumulé pendant le séjour algérois qu'il avait reçu de son oncle, la fierté que tout jeune de cette époque, rêvait d’en avoir et de l’exhiber à tout bout de champ, être économe et ne dépense que par la force majeur, était la qualité demandée pour affronter, la faim et la misère qui guettaient chaque famille. L’indigénat puis la guerre de libération avaient rendu tous les habitants de ce pays vulnérable à la maladie due à la malnutrition. Seule une minorité de chanceux résident dans les grandes villes comme l’oncle providentiel avait échappé à ce labyrinthe des damnées de la terre. L'oncle d'un air, mi-sévère mi-ironique, s'adressant à son neveu lui disait ceux-ci : –L'argent que je gagne avec peine et beaucoup de sueur, je t’en fais don d’une petite partie pour te rendre ta vie de jeune plus vivable et te porter un certain confort compensatif à tes manques difficiles à combler, notamment tes grands-parents, tes camarades et surtout l'ensemble environnemental de ton enfance. Sermonné dans les normes acceptables pour ne pas savoir dépenser son argent, Arezki rouge de honte et par respect aux paroles de son oncle demanda la permission de s'éclipser le temps de se reprendre. Ce matin de fin d’automne Arezki décida de s’aventurer dans un quartier très populeux de Belcourt dans l’espoir de rencontrer une personne de son village pour s’enquérir des nouvelles de ses grands parents, de ses amis, de la situation dangereuse que vivaient les habitants, il se demandait aussi pourquoi ? Les fées du vieux chêne n’intervenaient pas pour défendre les résidents de cette chape de plomb suspendue au-dessus de la tête de chaque citoyen de la contrée. Il revoyait tout en clair, les événements heureux et malheureux défilant sous forme de flash dans sa tête lourde d’ennui, quant il voulait remettre de l’ordre dans ses idées, une bousculade, un cri de vendeur de garantita ou une rixe le retirait brutalement de sa situation de mi-rêve mi-éveil pour le replonger de nouveau dans ce monde citadin qu’il rejeta du fond de lui-même. Cette situation imposée, le contrariait au point de l’obliger à se remettre tout le temps en question. La rue grouillante de lâakiba donna sur le boulevard Cervantès comme une libération d’une phobie, permettant à notre jeune homme une inspiration profonde de soulagement. , Arezki vadrouillait dans cette avenue plus aérée quand soudain il aperçut au loin, un sage du village se diriger droit vers lui, une démarche familière sentant la pudeur villageoise, la tête baissée, un peu sortie des épaules aidant ainsi un déséquilibre vers l’avant que les jambes doivent rattraper. Une technique des habitants des montagnes de notre contrée qui consistait à mettre la tête accompagnée du buste en avant pour monter une pente et rééquilibrer la position vers l’arrière pour mieux descendre. Notre vieil homme accéléra son rythme pressait de vomir la nouvelle qui lui serrait sa gorge tout au long de son voyage. Les yeux rivés sur la personne d’Arezki qu’il ne le lâcha pas toute la distance qui lui restait à faire. La silhouette s’agrandissait et changeait de forme dans la vision panoramique d’Arezki, qui intriguait et pressait de le recevoir pour humer la nostalgie du bled. Les pas rapprochant les deux personnes, devenus silencieux, c’était aux mains et surtout à la parole de prendre le relais, les congratulations se succédèrent pour se refroidir quelques instants après sans raison. Et brutalement l’aspect facial et le débit des mots changèrent de mode de communication, l’attitude décolorée du comportement du vieux créa un froid entre les deux hommes ce qui facilita le passage au sujet, objet de sa visite. Aami Mehand aghrib, le nom que porte notre messager, annonça cérémonieusement après un instant de silence mortel que la bien aimée grand-mère était décédée et enterrée depuis une semaine et qu'il était venu spécialement envoyer par son grand-père pour l'informer de l'événement. Il s’ensuivit toute une série de mots consolateurs d’usage pour ce genre de circonstance, Arezki n’en finissait d’acquiescer et de réponse par amine à la douàa que le vieux ne cessait de lui prodiguer. Il quitta le sage sans un mot ni regard, les yeux plein de larmes. C’était dans un état second qu’il informa à son tour son oncle et ses cousins. L’annonce de la mort de la grand-mère ne semblait pas peiner outre mesure l'oncle d’Arezki, cette façon d’acquiescer une mauvaise nouvelle avait étoupé sa trachée. La façon innocente d’intercepter la réaction, cachait visiblement une gêne difficilement dissimulable, Arezki rugissait de tout son corps. La bonté et l’instinct parental fait que l’oncle voulait le préserver d'une affliction pouvant porter préjudice à sa santé mentale en feignant de ne pas être touché par la tristesse, il lui conseilla de ne pas aller au bled, suivi d’une série de consolations d’usage. Il lui avait fait part, des confidences de sa grand-mère, au sujet de son départ pour rejoindre son oncle. Elle pensait essentiellement au bien-être de son petit fils et décida de l'éloigner pour lui éviter le scénario macabre de sa mort agonisante, parce qu'elle se savait mourante. |
Des hauts et des bas naturellement, comme tout être humain,
des rires et des pleurs sur mon chemin sinueux

