La fuite Le jour d'après la rencontre mémorable avec le moudjahid, dit " la sagesse ", Tarek était arrêté par les militaires vers trois heures de l'après-midi. Les rumeurs qui circulaient la matinée se révélèrent vrais, elles avaient fait le tour du village en un éclair. Pour les adultes qui connaissaient les méthodes inhumaines des militaires, pour les avoir vécus, très répressives et sans foi ni loi étaient alerte quant à leur devenir immédiat. Se considérant toujours en terrain conquit, les militaires ne s'offusquèrent guère de l’arrestation d'un enfant à peine adolescent. Les gens du village savaient aussi qu'ils ne feront pas cas de son corps et que physiquement et psychologiquement l'enfant sera abîmé. Les jeunes paniquaient à l'idée de se faire prendre à leur tour et de subir les supplices réservés aux adultes, tous disaient à qui le tour ? Leurs résolutions étaient de monter au maquis, mais ce n'était pas facile. D’abord il y avait l'âge, ensuite une mise à l'épreuve consistant à faire un attentat ou prendre une arme chez l'ennemi. Arezki informé de l'événement par son camarade Amokrane avait une peur bleue de la chose qu'il ne pouvait nommer…La torture. L'adolescent emprisonné n'était autre que son ami Tarek avec qui, il avait écrit la lettre pour le moudjahid Si Arezki b’Akli dit la sagesse. À minuit, des bruits de bottes de la soldatesque s'annonçaient aux oreilles d’Arezki, il se relevait précipitamment de son lit, s'orientait de façon à mieux apprécier la provenance, la distance et les objectifs des troufions. Ils se rapprochaient de plus en plus de la maison, Arezki distinguait deux sortes de sons, les cris des bidasses et les hurlements de Tarek, probablement ils étaient venus le prendre et l’avaient cuisiné. –Tarek a-t-il lâché son nom ? –Que faut-il faire dans ce cas ? Deux choix s’offraient à lui, rentrer dans une jarre impossible par la petitesse de son ouverture. Sortir ce serait signé sa mort. Arezki décida de rester très alerte et se préparer au pire. Toute la deuxième partie de la nuit était meublée de cris, de hurlement et de tir d'arme automatique tandis qu’Arezki rasait les murs de son bunker à l'écoute du moindre bruit qu'il interpréterait de façon terrorisante. Dans les moments silencieux il imaginait les probables scénarios-catastrophes qui pouvaient lui arriver. Il pensait que les soldats avaient tué tous les voisins et que lui, les saints ou le vieux chêne l'avaient protégé, il pensait aussi que Tarek le protégerait et qu'il préférait donner des gens qui n'avaient aucun lien avec les frères maquisards. La fin de cette nuit inoubliable s'annonça dangereuse aux personnes qui s'aventuraient à mettre le nez dehors. Le décompte matinal était la torture de Tarek, le massacre d'un vieux laissé pour mort et le tir sur un soutien aux maquisards qui avait pu leur glisser entre les mains. Arezki mijotait toute la journée, un plan d'urgence afin de s'en sortir idem de ce gouffre à mourir, Il partit le lendemain très tôt à la caserne et demanda un laissez- passer pour aller à Alger. Il pensait que sa survie dépendait de la résistance de Tarek à ne pas lâcher les mots culpabilisants devant ses bourreaux. Le lendemain Arezki s'était présenté à sept heures du matin devant le portail de la caserne, une heure avant le début d'ouverture des bureaux civil. Assis sur une des pierres se trouvant sous un vieil olivier ou les branches se déployer sur plusieurs mètres tout au tour, il servait de salle d'attente et donnait de l'ombre aux villageois. Ce lieu rappelait à certain, de très mauvais souvenir, il était méprisé, vomit par les habitants qui étaient obligés de venir se faire délivrer des documents de circulation. Arezki sous pression voulait à tout prix cacher les apparences d'un jeune qui avait quelques choses à se reprocher. Il s’inventait des manies trompeuses des traits faciaux. Les officiers étaient très physionomistes, le moindre tic entraînera des suspicions et mènera la personne à la question. Arezki préoccupé par la mésaventure de Tarek ne cessait de se préparer aux éventuelles interrogations et réponses de l'officier chargé des titres de circulation. Il tentait de construire un scénario de dialogue dont il n'arrivait pas à cerner ni le début ni la fin seulement des bribes. Une attente pendant une heure devant une façade de malheur, devenait une éternité de temps qu’ Arezki n'arrivait pas à maîtriser. Notre jeune ne faisait que ruminer sur son sort et devenir immédiat, rien de positif à l'horizon sinon des trames macabres. Heureusement pour lui le temps ne s'était pas arrêté, à huit heures dix minutes un officier apparut traînant sa carcasse imposante,il salua les présents et procéda au ramassage de documents constitués principalement d'un extrait de naissance et d'une demande manuscrite de laisser passer. Deux autres heures d'attente au dire de l'officier, à subir dans un climat tendu et angoissant ou chaque mouvement de troupiers lui semblait suspect. À l'heure prévue, un militaire apparut les feuilles à la main, d'un pas cadencé il se dirigeait vers les demandeurs d'autorisations de circuler auxquels il avait remis leur papier. Arezki faisait partie des demandeurs, il avait reçu son autorisation avec ses frêles mains tremblotantes, il se dirigea tout droit vers la ville pour prendre le car sur Alger et ne plus jamais revenir dans cet enfer.
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Des hauts et des bas naturellement, comme tout être humain,
des rires et des pleurs sur mon chemin sinueux


