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La rencontre
La guerre anticoloniale faisait rage dans la contrée, les attentats et les ratissages se suivaient à un rythme infernal, durant cette année de sécheresse. Les citoyens résignés à un couvre-feu permanent passaient leur temps à jouer aux billes, quand ils ne spéculaient pas sur les vrombissements des avions. Ils bombardaient à tout va. La zone interdite de l'Akfadou où ils se succédaient à intervalles rapprochés au-dessus de cette forêt dense et escarpée. Le jeu pour ces adultes n'était pas réellement leur priorité, ce qui comptait pour eux, c'était la survie et les moyens de subsister. Les restrictions imposées étaient insupportables par toutes les couches de la population d’une précarité préoccupante : absence de produits de première nécessité comme la semoule, le savon, le sel et bien d’autres aussi important pour la santé. Un couvre feu sévère fut imposé sur l’ensemble du territoire de la contrée. Il était interdit sous peine de mourir par des balles assassines, de sortir des maisons de 16 heures à 9 heures du matin, ou de quitter le village sans autorisation du chef de la caserne. Le regroupement de plus trois personnes était interdit, ainsi va une panoplie de décisions restrictives. Dans sa sortie, versant Est du village, Arezki filait un sentier pressé par les ronces Il n’omettait jamais cueillir quelques mûres et se faire un passage, un exercices à la fois d’auto défense contre les épines et d’apport nutritionnel. Il risquait souvent des écorchures par ses épines arquées et acérées c’était le prix de cette traverse qu’il aimait emprunter. Au détour d’un touffu, il se retrouva nez à nez avec son camarade et confident Tarek qui lui confia tout de go sans politesses d’usage de première rencontre de la journée " le bonjour et le comment ça va ". Un moudjahid de leur connaissance, les sollicitait pour une discussion et en même temps, lui écrire une lettre aux deux amis avec qui, il était sous les drapeaux de l'armée coloniale, avant de déserter pour rejoindre l'A.L.N. Bien évidemment, cette nouvelle avait ravi Arezki qui ne savait pas comment, participer à la lutte de libération de son pays, une opportunité à ne pas rater se disait-il. Pour lui c'était d'abord une aventure de jeune qu'un devoir envers le pays, mais l'une ne va pas sans l'autre, il voulait joindre l'utile à l'agréable. L’omniprésence des combattants dans le village, une sensibilisation accrochante par les commissaires politiques, l’emprise était totale sur la jeune génération d’Arezki. Leurs rêves et leurs espoirs étaient de partager l’héroïsme et les souffrances des moudjahidine sans peurs et infatigables. Il prit son ami par le bras et l'invita à se rendre de suite au refuge du moudjahid dont il ne connaissait pas le lieu. La loi du silence était de rigueur pour l'organisation civile de la lutte armée du front de libération nationale FLN. Après une longue réflexion, Tarek, opta pour une remise à plus tard de la rencontre, ce qui avait fortement contrarié le tempérament d’Arezki, lui qui souhaitait l'entrevue dans l'immédiat. L'avidité de se retrouver en face d'un valeureux combattant était très fortement mémorable. Dans le cerveau d’Arezki, flottaient plusieurs scénarios qui s'entre choquaient dans sa cervelle pas tout à fait prête à recevoir des contres temps, qu'il considérait sans raison d’être. Cette flottaison d'idées empêcha chez lui une réflexion sereine et une anticipation sur la suite des événements. À son avis, la cause la plus probable était que Tarek devait se renseigner sur la faisabilité de l'entrevue et sur la présence d’une personne peut être non prévue au départ. La sécurité de notre homme providentiel pouvait être mise en péril à tout instant. Il devait s'informer d'abord s'il pouvait avoir une confiance maximale, en la personne d’Arezki. Il s'agissait de lui montrer la cache qui sera sujette à rumeurs jusqu'à atteindre l'oreille de l'ennemi. Cela pouvait être dangereux pour la sécurité de notre homme. Arezki s'était résigné à attendre l'après-midi pour savoir si, il était considéré comme digne de confiance ou non à participer à cette mission dont il espérait le mettre dans le chemin du patriotisme. Le temps caniculaire de cette longue journée d'été semblait bloqué. Le soleil, qui n'avait pas l'intention de bouger, traversait leurs longs cheveux touffus. Un vieux chêne, arbre aux feuilles lobées et aux fruits à cupules, les glands rassasiaient les animaux et les bergers. Mélangées à de l'orge moulu, certaines familles en confectionnaient des galettes et se servaient de ce fruit comme aliment de base. Notre vieux chêne centenaire n'avait à aucun moment refusé sa protection aux passants venus se reposer à ses pieds, il offrait de l’ombre chaque fois qu’il était sollicité sans rien demander au retour lui qui avait vu naître et mourir au moins deux générations, il ventilait même les corps en sueur de ses invités. Le vieux chêne logeait les fées qui venaient aider Na Fati à tisser la laine comme le disait souvent grand-père, à chaque fois qu'il parlait de cet arbre. Le vieux chêne aux racines épaisses déterrées au fil des années de vents et de pluies, il avait pu se maintenir grâce à ses multiples appuis répartis tout autour. L'arbre vénéré allié de ses voisins,disait grand père, développe ses branches ornées de fleurs en chatons, pendant la floraison, offrait à ses invités une large protection contre les effets de la chaleur et les rayons drus du soleil. Il indiquait par son ombre l'état d'avancement de la journée, il signalait par ses ramilles en mouvement la présence d'un courant d'air. Arezki restait planqué sur l'une des ailes de l'arbre béni selon le vieux, jusqu'à l'arrivée de son ami. Tarek dont le sourire visible de loin, par une grande extension de ses lèvres tirées à fond sur les côtés, resserrait ses sourcils exhibant un regret à le faire attendre, elles se décontractaient lentement pour exprimer avant le son vocal, la confirmation de la confiance à l'égard de son confident. –Pardonne-moi, disait Tarek, la responsabilité de cette action ne peut être supportée par mes seules épaules. D'un ton mi-sérieux, mi-ironique, il ajouta : – J'ai consulté si Amokrane le moussebel, tu as sa confiance totale, –Tu peux venir avec moi, telles étaient les paroles murmurées à l'oreille de son ami. Arezki ne posait pas de questions qui pouvaient l'embarrasser, il stimulait les réponses aux questions posées, par une gestuelle faciale très expressive et interrogative, il ramenait chaque fois l'interlocuteur vers des sujets répondants à ses appétences. Tarek ne s'arrêta pas pour se rafraîchir sous l’ombre du veux chêne, pourtant, il suait et le frémissement de sa chemise montrait un débit cardiaque soumis à rude épreuve : – Est-ce de l'angoisse ? – Est-ce de la peur ? D'un signe de la main, Tarek lui faisait comprendre qu'il fallait se rendre très vite à l'endroit où s'était réfugié le moudjahid. À quelques mètres de là, Tarek visiblement nerveux, inspecta les alentours pour s'assurer et se rassurer qu'il n y avait aucune présence pouvant susciter une crainte qui pourrait mettre en danger la sécurité du valeureux combattant. Trois détours avaient suffi à les mettre en face de l'épreuve de vérité. Arezki n'avait jamais vu des maquisards actifs incorporés dans les effectifs permanents de l'armée de libération nationale, toutes ses connaissances se basaient sur les ouies dire de ses amis ayant un refuge ou habitants à côté. Il ne connaissait que les moussebline, hommes chargés du renseignement, de la logistique, mais surtout l'organisation du village en structure de soutien, la nourriture et les vêtements constituaient leur priorité. Si Arezki b’Akli dit la sagesse surgissait de la terre, il était alerte, méfiant, prêt à bondir pour riposter à une éventuelle attaque ou à se replier dans un autre lieu plus sécurisant, il était en veste civile, pantalon militaire et pataugas aux pieds. Arezki et son ami étaient, figés face à une stature mystique que seule la bienvenue de la sagesse décrispa. Un talus servant de limite et clôture entre voisin fait de pierres rangées les unes sur les autres les séparait de lui. La circonstance fait de ce mur une sorte de guérite qu’ils enjambèrent d’un saut. Au milieu de ce champ, se trouvait un grenadier camouflant une source d'eau potable " don du ciel "c'était de là que les voisins s'approvisionnaient à longueur d'année de ce liquide essentiel pour la vie mais aujourd’hui il semble leur être interdit par la mère pretexant. Il leur avait fait signe d'avancer, ce qu'ils ne manquèrent pas de faire avec diligence et à pas mesurer, en escaladant furtivement le mur pour le rejoindre, sans attirer l'attention des voisins et des passants. Les premiers instants de la rencontre étaient cérémonieux, presque protocolaire, immédiatement après lui avoir serré la main, suivis d'embrassades, la fascination et la curiosité, étaient tombés à un niveau normal. Nos deux amis étaient en face d'un homme pieux, courageux et engagé par conviction dans les rangs, F. L. N l'A.L.N à la fleur d'âge, sans contre partie autre que le besoin d'exaucer sa fibre patriotique. Ce n'était pas des surhommes comme le laissaient entendre les communiqués de guerre du chef local et la rumeur populaire, mais de vrais résistants dotés d’ un patriotisme au sens élevé. Tarek ne tarda pas à exhiber du papier à lettres et un stylo qu'il remit à Arezki pour la rédaction de la missive, pendant que la sagesse continuait à poser des questions diverses, notamment : – Comment les militaires traitaient-ils les villageois ? –Les gens, avaient-ils de quoi se nourrir ? La réponse était que la situation était supportable et que tous les habitants du village étaient derrière eux. Quant à nos deux amis, ils s'étaient aventurés à poser une seule question : – La victoire sera-t-elle proche ? La sagesse observa un long silence, qui voulait dire, " Seul dieu le sait ". Les deux compères passèrent sans transition à l'écriture de la missive qui n'avait duré qu'une dizaine de minutes, sachant au fond de leurs âmes qu’ils n’avait rien à se dire. Le destinataire de la lettre était son ami d'enfance, conscrit en même temps que lui sous les drapeaux de l'armée coloniale, comme appelé, le destin fait que leurs directions divergent. L'ambiance initialement très conviviale commençait à devenir pesante, la crainte d'être découvert par l'ennemi angoissait l'atmosphère. Avaient-ils vraiment quelque chose à se dire ? Était la question fatalement que se posaient chaque présent. Rester longtemps sur un même lieu pour le moudjahid n'était pas une bonne stratégie de survie. Sans laisser encore plus de temps s’étaler, Arezki dit la sagesse avait été chargé Tarik de poster la lettre. Une promesse de se revoir dans de meilleures conditions avait été donnée par Si Arezki b’Akli si dieu lui prête vie, disait la sagesse à ses hôtes du moment. Il se leva de la pierre sur laquelle il était assis, il observa, minutieusement les alentours et d'un signe de tête signifiant un remerciement discret, il retourna les talons dans tous les sens.et nous fixa longuement. C'était avec cette dernière gestuelle amicale qu'il avait pris congé de ses hôtes. Arezki et Tarek avaient repris de leur côté l'itinéraire de l'aller, un chemin sinueux, étroit et bordé de ronces jusqu'à s’agripper aux rangées de figues de barbarie. Pendant le chemin du retour nos deux compères ne finissaient pas de s'observer, tellement, ils étaient restés sur leur faim. Ils pensaient en connaître un peu plus sur la vie au maquis et, pourquoi ne pas entendre de vive voix les récits d'un ou de deux faits de guerre par l'auteur. Une halte s'imposa sous l'ombre du vieux chêne pour mettre de l'ordre dans leurs idées et mieux s'imprégner de la réalité des faits de la lutte armée. Si Arezki b’Akli dit la sagesse, sa jeunesse et parcours exemplaire, constituaient un repère et un élément important pour leur curiosité, voir leur engagement parmi les moudjahidine dans la guerre révolutionnaire menée par le peuple algérien pour l'indépendance. Cette école de militantisme mènera Arezki, son ami et tous les jeunes de ce pays, certainement, à maturation politique bénéfique à un projet de société conçu par ces mêmes combattants dans un congrès historique qui s'était déroulé dans la contrée voisine.
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Des hauts et des bas naturellement, comme tout être humain,
des rires et des pleurs sur mon chemin sinueux


