Des hauts et des bas naturellement, comme tout être humain, des rires et des pleurs sur mon chemin sinueux

                     

                         La forêt des oliviers   

 

 Le coq de la grand-mère lançait son cocorico journalier un peu plus tôt que d'habitude, selon l'heure biologique d’Arezki.

 Il se tournait et se retournait sur son lit cousu d'un ensemble de sacs de farine remplis de paille, achetés par grand-mère au marché noir.

 Après s'être morfondu jusqu'à rouler sur la terre ferme, lissée et travaillée avec art par la maîtresse de la maison, il s'était finalement levé, lavé les membres et le visage.

 Il s’était mis devant un vieux miroir pour voir sa carcasse de près, principalement les parties expressives, il bougea le nez, remua ses lèvres se regarda de billet et de face enfin il scruta sa silhouette sous toute ses coutures, il passa plusieurs fois sa main sur la tête pour domestiquer les quelques cheveux récalcitrants et se résigna à s’accepter tel qu’il est, il aurait voulu quelques modifications pour ressembler à  un héros de ses rêves mais hélas pour lui, il est déjà fait et de façon irréversible.

Il sursauta pour atteindre une case creusée dans le mur ou il trouva un quart d'une galette mise par grand-mère, elle l'attendait à hauteur de ses yeux.

 Il ne prenait même pas la peine de remercier la donatrice, la saisissant d'une main et d'une agilité d'un tigre, il bondit en franchissant le pas-de-porte.

 Le pressentiment de l'aventure avait prévalu.

 à mi-chemin de la maison de son ami, un brouhaha suivi de gueulades, se faisaient entendre de loin, ce tintamarre des casseroles ne présagé rien de bon.

 Arezki regardait de tous les côtés, il tendait l'oreille pour situer la provenance de ces cris et ne tarda pas à s'apercevoir qu'il s'agissait d'une patrouille militaire en opération dans les environs.

 Il ne prêtait aucune attention à ce genre d'événement, il était habitué, ce qui l'intéressait c'était l'arrivée de son ami Mohand avec qui, il avait prévu une randonnée dans la forêt des oliviers.

 Le bruissement des bottes s’amenuisait progressivement et Mohand surgissait comme un ange entre les figues barbaries, très alerte et dans sa meilleure forme.

Ils menèrent chemin ensemble vers la forêt des oliviers où les genêts fleurissaient ce jour-là plus que d'habitude aux côtés des autres arbustes toutes en fleurs.

Ce site panoramique ne trompait pas, c'était le début du printemps, Le soleil recherché pendant ce long hiver glacial ajouté à la floraison des champs faisaient chanté de l’intérieur nos deux amis.

La forêt des oliviers n’en était pas une oliveraie, mais une brousse à hauteur d'homme, composée essentiellement de différentes essences feuillues ou les villageois pâturaient leurs bêtes, ramassaient le bois sec et déterraient les racines de certaines essences pour se chauffer et cuire les aliments.

Les deux compagnons fouinaient dans les buissons à la recherche d’un nid de perdrix ou autres trouvailles, pouvant satisfaire les besoins du ventre.

Dans la foulée d'un lièvre qui décampait et qu’ils avaient tiré à la pierre, mais l’agilité de l’animal avait pris le dessus, ils ne retenaient que la direction prise et l’image des frémissements des branchages bousculées par sa vitesse.

Ils entendirent des chuchotements des cliquètements et des bruits de bottes ! Les voix qui parvenaient aux oreilles des copains se rapprochaient de plus en plus.

 Ils se consultèrent pour décider de la fuite vers la rivière, dangereuse pour traverser un chant découvert, ce qui aurait engendré une mort certaine ou une blessure invalidante comme c'était le cas de leur ami Arezki.

La sagesse avait pris le dessus, après échanges de paroles, ils décidèrent de se laisser prendre, leur faciès juvénile plaiderait en leur faveur

 Ils ne seraient pas traités de la même manière que les adultes, pour éviter tout amalgament, ils se parlaient haut et fort avec leurs voix d'enfants, une situation imprévisible les attendait.

Ces quelques instants de frayeur mettaient nos amis dans une situation inédite

 –Attention Christian !

Disait une voix porteuse d'un son directif ; ça devait être le chef de la patrouille.

Une voix détonante s’écria

 – Halte !

Suivit de :

– Levez les mains, répété un soldat, probablement Christian, puis d'autres bidasses qui les tinrent en joue, les entourèrent, prêt à tirer sur eux, l'intervention opportune de leur chef pour donner l'ordre de les amener avec eux pour un contrôle plus approfondi au centre du village, lieu provisoire de bureau de tri, de fouille et de brimades.

Tout au long, de la progression d’Arezki et de son ami, enfants prisonniers, ils ne cessèrent d'observer les gestes, les visages et la tenue de ces hommes armés, prêts à abattre tout ce qui bouge.

 Des hommes blonds venus de l’autre rive, là où, grand-père avait travaillé sans jamais rien me dire de leur méchanceté, ce flash rapide surgissait dans la tête d’Arezki, venu s’interférer dans ce bourbier dont il était enrôlé, ce parasitage était reparti aussi vite qu’il était venu.

À quelques mètres du village ciblé par le ratissage, les patrouilleurs apercevant une silhouette sortie d'un buisson en fuite et en zigzags, ne mettaient pas beaucoup de temps à faire fonctionner leurs machines de la mort, ces fameuses mitrailleuses qui crachaient du feu sans interruption.

 – C’est un fellaga, disait un machiniste et il ajouta,

 – Ne le ratez pas.

 – Ah !

Soupire un autre.

–Il nous est passé sous le nez, continuons à fouiller les buissons lançait le chef.

 La suite de la marche était sans incident, les amis retournèrent aux préoccupations de leur avenir immédiat.

 Seront-ils considérés comme des enfants, donc libérable ou comme adultes qui seraient malmenés et emprisonnés ?

Le sort ne sera connu que lors du rassemblement du village.

Arrivée au village, tous les hommes rassemblés après un rabattage sévère dans les champs ou délogés de chez eux,  ils étaient embrigadés puis dirigés vers le centre de tri situé à la place du village.

Les militaires conseillés par les supplétifs, n'hésitaient pas à insulter et brutaliser les présumés suspects en attendant leurs transferts dans une caserne pour la plupart d'entre eux, pour une grande lessive.

 Nous avons appris quelques années après ; la torture dans tous ses contours avec ses atrocités.

Nos deux amis présentés devant  ce  mini  tribunal sans fois ni lois, étaient libérés sur le champ.par la grâce de dieu.

Leurs agilités et leurs souplesses ne tardaient pas à se régénérer, ils s'étaient mis à courir droit sans regarder en arrière vers leurs domiciles respectifs.

Un malheur n'arrive jamais seul disaient les anciens, dans une parcelle boisée non loin delà, surgissait un groupe de harkis, ils repassaient à tabac, la moitié des libérés choisis au hasard.

Encore une fois Arezki et son ami ne seront pas de la partie mais pas dispensés de ce spectacle horrible dont ils se souviendront à jamais.

 

 

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