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En ces jours de fin d’automne, la pluie tardait à arroser le jardin nourrisseur de la petite famille, l’armée française faisait des descentes répétitives punitives sur le village à la recherche des maquisards. Ce lundi matin ne ressemblait pas aux autres jours dont grand-mère commençait à s’accommoder, elle était atteinte d'une fébrilité extrême, elle était montée une dizaine de fois à thakanna (sorte de grenier) et redescendait à chaque fois plus préoccupée, elle courait vers les figues barbaries situées à quelques mètres de la maison et revenait encore plus agitée. cette matinée perturbée à l’extrême la rendit malade sur la partie sensible de sa tête presque chenue Arezki pense que les fées du gros chêne lui avaient annoncé une mauvaise nouvelle et que ses tourments allaient s’aggraver encore un peu plus. Elle, qui n’en finissait pas d’en encaisser pendant toutes ses dernières années. Si ce n’est pas les fées qui lui jouaient par intermittence des tours sans gravité, ça serait certainement une de ses maigres valeurs qu’elle ne retrouve pas dans la planque dont elle était seule à connaître le lieu. Quant un souci travaillait grand-mère la nuit, le lendemain, elle devenait amnésique et peu bavarde, elle remue tous ses fonds céphaliques à la recherche du néant. Arezki n'a rien perdu de ce manège, il cherchait les causes responsables de cette situation, il remémorait les différentes descentes des militaires dans l'autre versant du village, ils fouillaient tous coins et recoins des maisons, les pourtours des jardins non sans brutalités, ils insultèrent et embarquèrent à la caserne tous les hommes sans discernement. La suspicion d'aide aux frères du maquis collée aux visages des personnes valides étaient la motivation première des militaires, ils voyaient un maquisard derrière chaque individu. Arezki n’apercevait pas cette contrariété, même s’il pensait qu’il y avait une relation entre l'énervement de la mêmê et le bouclage d'une partie du village. À pas de chat s’approchant de sa proie, Arezki s'avançait furtivement vers la silhouette agitée, marmonnait des syllabes à peine audibles, que pour attirer son attention accaparée, il répétait sans cesse les inintelligibles jusqu’à attirer son intention et la ramener à satisfaire sa curiosité. Connaître la cause de ces frémissements fermés par des ouf répétés, mâchonner devenait un exercice dont il usera à chaque fois qu’il voudra faire parler sa grand-mère sur les sujets qui l’intéressait. La grand-mère réfléchissait à ces murmures qu'elle confondait aux bruissements des rangers militaires, elle sursautait et regardait autour d'elle, puis s'étant rendue compte de l'empressement de son petit-fils en position d’écoute pour savoir la vraie cause de cette anxiété subite et que les murmures venaient de lui. 0%;">Elle décida de jouer son franc parler habituel. Elle le fixa, droit dans les yeux, un bon moment, comme si elle cherchait dans leurs fonds, une solution adéquate à son problème. Un visage torturé par l’engouasse, le nerf trijumeau en relief scintillé aux rythmes des battements du cœur, un regard suppliant s’éleva vers le ciel, comme pour demander de l’aide, elle se redressa vigoureusement et fit signe à son petit-fils de l'accompagner à takana. Elle escalada avec souplesse le doukene au-dessous duquel elle nourrissait le mouton de l'Aïd et fait un dernier saut pour se retrouver face à la valise énigmatique, enveloppée dans un mysticisme comminatoire. Après un certain nombre de ouf appuyés, elle ouvrait la valise poussiéreuse et cendreuse, enlacée avec des bouts de tissu de couleurs différentes, millésimant ainsi l'objet souvenir de son fils unique, décédé à Alger. Chaque fois qu'elle se remémorer la silhouette de son fils, elle rendait visite à la valise dont elle attachait une grande importance, une sorte d’idolâtrie, résultat d’un transfert psychopathique de l’amour de son fils à la valise, elle prenait périodiquement sur décision de son mentor des bouts de tissu usités et recouvrait un peu plus la valise, divinisé aux yeux d’Arezki. Grand-mère disait souvent qu’elle est habitée par un mentor qu’elle appelle » mon cheikh », quant elle entreprenait une action susceptible d’être contestée par son entourage, elle disait –C’est la décision de mon mentor. Le temps passé pour défaire la valise était long et triste à la vue du visage et la manière agitée pour délacer les nœuds. Une sueur coulait de son front faite de lourdes gouttelettes résonnantes au contact de la valise, le dos de sa main squelettique passait dessus de façon mécanique. Ce n'était pas le cas d’Arezki qui était pressé de voir le contenu énigmatique, caché depuis des lustres. Le dessus enfin levé, il attendait le signal de la vieille pour procéder à l'examen du renfermé qui dégageait une senteur inconnue cachant probablement un secret. Une photo de taille moyenne noircie par la fumée, était saisie la première par ses deux tremblotantes mains qu’elle embrassa longuement,de grosses larmes lui coulait le long de ses joues ridées et échouées sur le couvercle de la valise donnant un son funèbre. elle fixa religieusement l’icône en suppliant dieu de lui faire une place au paradis. Du bout des doigts, elle la donna à son petit-fils et lui dit :– Regarde ce beau jeune homme que j'ai perdu à fleur d'age, après un temps d’arrêt elle ajouta, c'est avec cette image ancrée dans ma tête que je veille des nuits entières. Arezki avait cru déceler en elle une transposition de sa jeune personne à celle de son fils, elle lui disait souvent " Tu as remplacé un grand vide dans mon cœur " c'était seulement ce jour-là, qu’Arezki avait donné un sens à cette phrase qu’elle faisait sortir sous d’autres formes au moment de ses crises d’angoisse. Pendant qu'elle parlait, Arezki scrutait le contenu de la mallette : que des livres, des écrits sur des feuilles volantes dont il saura plus tard qu’elle provenait d’une machine à écrire et une autre photo d'un barbu avec une longue chéchia, dite d’Istanbul, que la grand-mère ne semblait pas voir, elle écarta la photo d’un geste à la limite du mépris. Il s'agissait en fait du leader du PPA dont elle pensait qu’il y était pour quelque chose dans la cause de ses malheurs. Ils décidèrent ensemble de faire le tri, mais seules les photos parlaient, leur connaissance de la lecture se limitait à l'image et au hasard de ce qui était ou pas interdit par l’armée d’occupation. nt-weight: bold;">Ils décidèrent de choisir un lieu dans le jardin familial pour mettre hors des yeux et des curieux les documents et les photos, jugés compromettants par le duo analphabète et ignorant. Une grande partie était enfouie sous les racines des figues barbaries à une profondeur respectable, couverte d'un morceau de liège pour parer aux intempéries, une couche de terre pour remonter le relief à son niveau d’avant et enfin notre équipe s’attela à un maquillage ne permettant aucun signe pouvant attirer les éventuels prospecteurs mal intentionnés. Une cache d’une telle importance constituait aux yeux d’Arezki une forte complicité et un début de reconnaissance d’un nouveau statut, d’homme jeune, capable de partager un secret d’une telle portée et soulager, si peu soit-il, les détresses de grand-mère au bord de la dépression. Depuis ce jour-là, la tanière savante devenait le lieu d’attirance presque divine et un objet de fixation bien ancré dans le cerveau d’Arezki. La construction philosophique et politique de son personnage avait pris sa source dans ce climat de guerre ou le seuil de la pauvreté n’avait pas d’indice tellement imbriqué dans les profondeurs des consciences des habitants du village, l’exploitation des richesses par les colonisateurs ne faisait pas de cas, il nivelait misérablement l’ensemble la même situation que autres contrées du pays A sa troisième année scolaire il décida de prendre possession de la partie non compromettante avec l’accord de ses tuteurs. Depuis ce jour, il ne cessa plus de transvaser ses rudiments de connaissance de l'école primaire à la valise pour s'enquérir des contenus des livres et manuscrits. Il découvrait au fil des jours une documentation conséquente du parti du peuple algérien.
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