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A l'école
Inscrit à l'école primaire d'el Khemis sous le nom patronymique maternel à l'âge de sept ans. Arezki était d'une intelligence moyenne, il comblait ses manques par une persévérance à la limite de ses capacités, seule possibilité de sortir du carcan dont il était enfermé. Un tempérament tranquille associé à une sociabilité, il était estimé et souvent confident de ses camarades. Il avait naturellement l'air malicieux et combinard, en réalité il n'en était rien de tous cela, au contraire c’était un candide. Un enfant d'une fierté très discrète, rarement pesante pour ses camarades, il ne montrait jamais sa supériorité même quand elle était avérée. Il prenait souvent le dessus sur les autres dans les courses à pied et en classe. La première ou la deuxième place n'étaient pas mise en jeu il ne les partageait pas. Son maître d'école, un instituteur d'une grande qualité professionnelle, traitait ses élèves comme ses propres enfants. Il faisait jouer toutes ses compétences pédagogiques pour faire d'eux, d'abord de futurs hommes capables d'affronter la vie, comme elle vient, ensuite donner une éducation pour le respect d'autrui, des actes de bienfaisance, au moins une fois par jour, (le bonjour du matin aux parents), dégager un obstacle de la route, obéir aux personnes âgées quant’ on est sollicité. Ensuite l'instruction, ce grand pan de l'enseignement par son côté technique, celui d'additionner des chiffres, et structurer des mots ; très plaisant pour Arezki. L'instituteur était aussi un bon animateur, il faisait vivre ses cours avec des gestes, des exemples et sa propre manière, divertissante, de transmettre le savoir. C était de cet instituteur appelé Saïd avec un grand " S " que les rares enfants scolarisés du village avaient appris à lire et écrire et plus tard à en cadrer certaines structures locales de l'état. Il avait ouvert les yeux sur des horizons prometteurs à une catégorie de personnes et l'âge adulte la vie ne sera que facilité. Il avait fait passer le système éducatif colonial du stade de ramasseurs de bois, jardiniers du maître d'école, à celui d'élèves étudian ts. Ces changements s’étaient amorcé du temps de la génération d’Arezki, les fonctionnaires de l’état colonial avaient été pénétrés par les idéologies des partis qui prônaient l’émancipation de l’Algérien et l’aspiration du pays à l’indépendance. Dans ce parcours, deux événements majeurs l'avaient marqué de façon indélébile pendant son passage au sein de cette école plein d'évocations. Le premier concerne le complément du dossier pour le passage à la sixième. Arezki de retour à la maison demanda à son grand-père de lui faire délivrer un extrait d'acte de naissance, demandé par le maître d'école. – Oui ! répondit-il, tout fier de son petit-fils adoré, – Demain j'irai au champ de la mosquée. Nom donné au lieu de l’implantation de la commune. – Te ramener ton papier. Trois jours après, avant d'aller à l'école, le grand-père lui tendit l'acte de naissance en question, il l'avait mis dans sa poche pour le présenter dès la première heure, le lendemain à son maître d'école. Rentrée en salle juste après le contrôle des absences, le maître s'enquerra des pièces des dossiers d'examen. Il compléta les dossiers par les documents manquants quand soudain il s'arrêta pour interroger la classe sur un extrait de naissance portant un nom qui ne figurait pas sur sa liste et auquel il n'arrivait pas à coller un visage. – Bizarre ! Bizarre. Disait-il ! Il observait attentivement toutes les réactions des élèves présents et cherchait à mettre un visage sur le nom lu dans l'extrait. Peut-être ce papier était là par erreur pensait-il ? Dans un temps de réflexion du maître, qui dura une éternité pour notre élève dont les regards étaient braqués sur lui, le maître en suivant le mouvement, fixa puis dévisagea longuement Arezki et lui lança tout de go le nom patronymique paternel, celui qu'il vagabondera jusqu à la fin de ses jours et en plus, il sera porté avec fierté par sa postérité. Tous les regards des élèves, ébahis, étaient braqués sur lui, assommé par cette épreuve fatale qu'il n'envisageait pas, il couvrait son visage et s'était mis à pleurer à chaude larme en murmurant. – Pourquoi suis- je le seul à changer de nom ? –Pourquoi cette invective ? Il s’était senti ôté de cet ensemble et déraciné de son âme. Certainement de ce genre de points noirs que dépendra l’avenir des comportements caractériels de notre homme, sujet à des turbulences imprévisibles de façon cyclique. Le soir pendant le dîner, Arezki se donna le temps de digérer cette nouvelle, il n’en osait pas demander des explications à son protecteur grand-père, il se résigna à adopter son nouveau nom. Tout en étant attentif à la réaction de ses camarades, il ne montrait aucun signe indiquant son embarras à son nouveau patronyme. Le deuxième autre événement majeur selon l'appréciation d’Arezki c'était l’incendie de l’école. Un matin du mois de décembre, les élèves matinaux étaient sur le chemin du retour, ils ramenèrent la plus mauvaise nouvelle de ce que sera son existence le feu dans les classes et dans le bureau du directeur. La source du savoir détruite par le feu, toute une narration de la disposition des chaises à moitié brûlées, des armoires contenants les affaires du maître calciné, enfin une image désolante s'offrait aux curieuses personnes qui avaient fait le déplacement. Les parents de la majorité des élèves étaient très embarrassés par cet événement imprévu. La minorité avait décidé d'inscrire leurs enfants le lendemain à l’école coranique du village quant aux autres ils constitueraient une masse d’enfants en déperdition et aideraient dans le meilleur des cas leurs parents aux travaux des champs ou à garder les animaux pour les plus nantis. Arezki faisait partie de ce groupe que la medersa allait recevoir, son grand-père lui avait acheté une gandoura et une chéchia pour l'occasion et lui conseilla d'être un élève studieux, attentif et discipliné. Il ne manqua pas de lui rappeler que son grand-père paternel était passé par là et qu'il était devenu un important iman très consulté dans la région et même au-delà, un notable de la contrée respecté par l’administration coloniale pour son savoir et sa popularité auprès des citoyens et ses lien avec l’association des oulémas de Benbadis. Le nouveau lieu du savoir d’Arezki, où sera dispensé un programme basé essentiellement sur l'apprentissage du Coran et de la langue arabe lui procurait une assurance inhabituelle, dû peut être au rapprochement avec dieu dans ce lieu de prédictions, la prière était obligatoire et les prêches quasi quotidiens. Cette medersa de renommée nationale était gérée par l'imam aidé par un consultatif composé de représentant des idderma. Une architecture arabo-islamique, construite sur la crête d'un versant dominant presque la totalité des champs des villageois. Elle faisait face au mont du Djurdjura. En contrebas, le mausolée du vénéré wali sidi Bahloul ou Assam, ange gardien des habitants de la contrée. Elle était constituée d’une grande salle de prière orientée vers la Mecque, dans la même direction que le mihrab, vers l’Est. Un internat avec des salles de classe, à côté un magasin et une salle de réception conçue pour recevoir visiteurs et donateurs. Une petite structure de salle d'eau permettait des réponses adéquates aux problèmes de maintenance et d’hygiènes corporel des étudiants et des visiteurs. Elle servait aux ablutions des prieurs pour la pratique des cinq obligations de l’islam dans la conformité. Arezki, taleb, demi-pensionnaire, participa activement à l’organisation et la bonne marche de l’école. L'organisation interne était pilotée par l'imam, dirigée par le collectif des talebs plus savants sous l’œil attentif des représentants du village. Ils avaient aussi la charge de l'appel à la prière. Les talebs étaient classés en trois catégories : les plus grands, plus lettrés servaient d'exemples de disciplines, de la morale et avaient pour missions : de seconder l’imam, rouler le couscous, (renommé par sa grosseur), assister les familles endeuillées par la lecture du coran dans la maison du défunt. Ils devaient sur tout terminer leur cursus d’apprentissage des soixante versets coranique pour accéder à l’imamat. La catégorie des moyens, était chargée de préparer les repas, les servir, veiller à la propreté des lieux. Il fallait aussi et surtout accéder à un nombre plus important de connaissance de versets coraniques de « mémoire » dans les meilleurs délais. Quant à la catégorie des petits ou nouveaux, elle était au service des autres moyens généraux tels que, les petits travaux de la bergerie, de l'entretien des animaux, de la corvée d'eau en passant par le lavage des ustensiles de la cuisine et ils maintenaient en état de parfaite propreté les salles d’eaux, lieu des ablutions. La partie pédagogique était assurée par l'imam et les étudiants en fin d’études. Les groupes étaient constitués selon les niveaux atteints par le nombre de verset apprit. Les tests étaient supervisés par les délégués de l'imam qui décidaient du passage ou non au verset suivant selon leur récitation magistrale. Les planches induites de terre glaise servaient pour écrire, apprendre, effacer et réécrire dessus. Seuls les initiés étaient autorisés à utiliser les livres du Coran dans un corps purifié par les ablutions.
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Des hauts et des bas naturellement, comme tout être humain,
des rires et des pleurs sur mon chemin sinueux


